UN PAS EN ARRIÈRE

Je me suis toujours imaginé ce qu’aurait été mon quotidien si j’avais vécu dans les années 1970. Les groupes à succès, comme Led Zepellin, Traffic ou The Who, que l’on entendait (presque) à chaque coin de rue, la libération sexuelle et le plein emploi. Mais aussi, et surtout, une automobile synonyme d’évasion, de plaisir et de performances. Aussi, lorsqu’Optic 2000, partenaire du Tour Auto depuis dix ans, nous a proposé de suivre cette course (re)devenue mythique, nous avons sauté sur l’occasion. A fortiori, au volant d’une italienne tout aussi mythique : une Alfa Spider de 1975, mon année de naissance, que malheureusement, nous n’avons pu immortaliser faute de temps, en raison des cadences élevées imposées sur le Tour Auto. Dès potron-minet, quelques pas sur le parc fermé de Tours mettent dans l’ambiance. Les esgourdes se régalent des sons des mécaniques pétaradantes, les yeux écarquillés s’émerveillent devant les Ford GT 40, Alpine Berlinette A110, BMW 2002, Porsche 911, ou encore, Jaguar Type E. Les narines s’emplissent de saveurs oubliées, qui rappellent que ces fabuleuses machines pouvaient parfois faire beaucoup de bruit pour rien. Mais pas au Tour Auto. Toutes les voitures présentes participent à la course (chronométrée ou régularité). Entre les deux spéciales quotidiennes chronométrées, les épreuves sur circuit et les liaisons d’au moins 450 km, ces bolides particulièrement malmenés réclament une attention de tous les instants, assurée par une armada de techniciens qui suivent à vive allure au volant d’utilitaires… modernes. Du haut de ses 43 ans, notre Alfa se fond parfaitement dans le décor de ce musée automobile roulant. Les odeurs de plastiques d’époque, les effluves d’essence, la direction dure comme du bois et le freinage faisant davantage office de ralentisseur nous plongent immédiatement dans le charme de l’ambiance des années 1970. Qu’importe la sécurité, toute relative. Ici, on roule à bord d’une voiture qui impose de conduire, d’anticiper les changements de caps et freinages, de manier la boîte avec délicatesse et, surtout, de faire prendre ses tours au petit 1 600 cm3, à la sonorité typique et aux performances tout à fait honorables. Un vrai bonheur ! Qui se partage. Sur une simple étape d’environ 450 km, entre Tours et Deauville, sur des routes soigneusement sélectionnées par l’organisation Peter Auto, les nombreux badauds affluent. Mains en l’air, pouces levés, applaudissements ou cris de joie accompagnent notre passage. Pour l’occasion, certains spectateurs n’hésitent pas à sortir leur ancienne, eux aussi. Sous une météo capricieuse nous empêchant de décapoter l’italienne, nous traversons la Sarthe, avec une pause sur le circuit Bugatti du Mans, avant de foncer vers la superbe Suisse normande, baignée de soleil. Le dessin des routes évoque parfois celui de celles rencontrées dans le Jura, la Creuse ou la Corrèze, alors que nous sommes à quelques encâblures de Caen et de la Manche. Sur ces parcours sinueux, notre Alfa se comporte à merveille, malgré un train arrière tendant à une certaine sécheresse. Quelques concurrents, dotés de machines surpuissantes, comme des Chevrolet Corvette, Ford Mustang, Austin Healey ou Shelby Cobra, nous dépassent dans un hurlement mécanique qui hérisse le poil. L’arrivée, à quelques mètres des célèbres planches de Deauville, sonne comme une délivrance pour les pilotes, copilotes, assistance et organisation, éreintés après cinq jours de course. Je les comprends. Une seule journée à revivre les années 1970 m’a offert son lot de rhumatismes et de douleurs en tout genre. Alors une semaine… _