POUR SUER À GROSSES GOUTTES

VĂ©ritable bĂȘte de circuit, cette Pista est, sur route, un peu comme un avion de chasse sur une piste d’ulm. Mais paradoxalement, avec beaucoup de concentration et de parcimonie dans l’orteil droit, elle demeure exploitable et les petites dĂ©partementales creusoises menant au circuit sont gobĂ©es avec une aisance dĂ©concertante. L’amortissement pilotĂ© lisse toutes les imperfections du revĂȘtement et bluffe par son confort. De quoi profiter de la mĂ©lodie des huit gamelles, qui demeure trĂšs musicale pour un moteur suralimentĂ©. On ne peut renier ses origines. Seul impĂ©ratif, lĂ  encore, garder la tĂȘte froide. Les vitesses atteintes mĂšneraient directement Ă  l’asile un reprĂ©sentant local des forces de l’ordre dotĂ© d’un appareil de mesure ad hoc. Pour la petite histoire, le “mouchard” de notre Pista nous a crĂ©ditĂ©s d’une V max que la dĂ©cence nous interdit de citer… _Solidaires du baquet, grĂące au harnais 4 points de sĂ©rie, manettino en position “CT off” et boĂźte robotisĂ©e en mode manuelle, j’ai la mĂȘme pression qu’un pilote prenant le dĂ©part des 24 Heures du Mans pour la premiĂšre fois. Le V8 sÂ’Ă©chauffe la voix dans une sonoritĂ© grave et guturale. Les cavalini piaffent d’impatience.PremiĂšre, seconde, troisiĂšme, quatriĂšme sont atomisĂ©es jusqu’à 8 000 tr/mn d’une pichenette sur la palette de droite. Pneus froids, la Pista burne sur chaque rapport, tandis que le tachymĂštre affiche dĂ©jĂ  192 km/h au bout de la petite courbe gauche. La soudainetĂ© et l’efficacitĂ© du freinage carbone-cĂ©ramique Ă©tant strictement Ă©quivalentes Ă  la force d’accĂ©lĂ©ration et la rapiditĂ© de passage des rapports. MalgrĂ© le grip phĂ©nomĂ©nal des Michelin Pilot Sport Cup 2, Ă  tempĂ©rature, la Pista ne demande qu’à se mettre en crabe en sortie de virage, sous l’arrivĂ©e, dĂ©pourvue de temps de rĂ©ponse, des 720 ch. Brevet de pilote in-dispen-sable. Sur le tracĂ© sĂ©lectif du superbe circuit creusois de Mornay, aucune place Ă  l’improvisation. Ni le temps de reprendre son souffle. La moindre sortie de piste risquerait d’ĂȘtre fatale au joujou ! AprĂšs une petite dizaine de tours, le baquet transpire, mes avant-bras sont tĂ©tanisĂ©s, et je frise la nausĂ©e. Les “g” subis Ă  l’accĂ©lĂ©ration, au freinage et en courbe ont eu raison de ma carcasse, pourtant habituĂ©e Ă  nombre de “piĂšges Ă  feu” !Dans la langue de Dante, Pista signifie piste, circuit. Et chez Ferrari, ce patronyme ne tient pas d’un discours marketing d’opĂ©rette. Il s’agit, ni plus ni moins, de la version la plus extrĂȘme de la 488, Ă©troitement dĂ©rivĂ©e des variantes compĂ©tition, Challenge et GTE. Pour citer l’essentiel, le V8 3.9 biturbo gagne 50 ch par rapport Ă  celui de la GTB de sĂ©rie, pour en atteindre 720. Pour obtenir un tel rendement, le bloc – allĂ©gĂ© de 18 kg – adopte des bielles en titane, un volant moteur plus lĂ©ger, et un collecteur en Inconel, un nouvel alliage de mĂ©taux, issu de la F1. Sans oublier une optimisation des turbos, notamment au niveau des capteurs de rĂ©gime, qui leur permet de souffler plus fort et plus tĂŽt. Autre cheval de bataille du Cavalino rampante, l’aĂ©rodynamique fait, ici, l’objet d’un travail approfondi avec, entre autres, l’adoption d’un compartiment avant ajourĂ© pour guider l’air. De quoi rendre ce missile stable jusqu’à 340 km/h. Cette cure de vitamines et d’aĂ©ro s’accompagne d’un allĂšgement de 90 kg par rapport Ă  la GTB. OmniprĂ©sent (boucliers, capot avant et becquet arriĂšre), le carbone habille jusqu’aux baquets et aux jantes, facturĂ©s en… option. Dans ces conditions, le poids est donnĂ© pour 1 280 kg. CĂŽtĂ© accĂ©lĂ©rations, Ferrari annonce 2”8 pour atteindre 100 km/h et, plus incroyable encore, 7”8 pour 200 km/h. Des chiffres qui ne reflĂštent que trĂšs superficiellement ce que l’on ressent derriĂšre le volant. Inutile de rappeler qu’en tant que sportive extrĂȘme, cette Pista est une authentique propulsion.