POUR RESPIRER L’AMÉRIQUE

Le Mans, le graal de la course automobile. Un lieu mythique, où chaque constructeur vise la plus haute marche du podium. Pour Corvette, la mission paraît bien remplie : dix victoires depuis le début du siècle en catégorie GT. De quoi asseoir confortablement l’image de cette sportive 100 % américaine, aux performances époustouflantes et à la sonorité enivrante. Légèrement plus civilisée que la dévoreuse d’asphalte sarthois, cette Z06 Track Edition met le feu aux poudres grâce à son colossal V8 6.2 litres, gavé par un compresseur permettant d’afficher 659 ch, et surtout, 881 Nm de couple. Des valeurs qui font froid dans le dos. Et transpirer lorsqu’on est au volant d’un tel bolide sur les petites routes, parfois humides, de l’arrière-pays creusois, où nous avons réalisé cette rencontre réservée aux roues arrière motrices. Les énormes pneus Michelin Pilot Sport Cup 2 (335/25 à l’arrière) donnent l’impression que l’arrière de la Chevrolet repose sur un rouleau. C’est avec un œuf sous le pied que le conducteur déplace ce coupé, pour ne pas terminer dans le bas-côté. Soyons clairs. La Corvette est une vraie voiture américaine. Elle parle fort, consomme beaucoup et se montre parfois très indélicate.Attachante et ultra performante, cette sportive made in USA cultive aussi son caractère bien trempé à bord, avec un habitacle mêlant technologie et erreur d’ergonomie, à l’image de cette position de conduite mal adaptée en raison d’un siège trop haut. Mais on peut bien fermer l’œil sur les défauts de celle qui vit sa dernière année sous cette forme. La prochaine Corvette, la C8, abandonnera le moteur avant pour un central arrière, et même, paraît-il, l’aide d’un moteur électrique pour se muer en hybride. Une page se tourne… _Avec une certaine poigne et un œil acéré, qui permettent de rester concentré sur le tracé tant la voiture est rapide, le conducteur-pilote se régale. Docile, dotée de débattements courts et de verrouillages fermes à point, la commande de boîte séduit. Pour les non pratiquants du talon-pointe, Chevrolet propose l’Active Rev Match, qui donne un coup de gaz à chaque rétrogradage et évite ainsi le blocage du train arrière. Mais avant d’en arriver là, une bonne pression sur la pédale de frein permet de profiter d’exceptionnelles capacités de décélérations, garanties par des disques carbone-céramique aux dimensions rassurantes (394 mm à l’avant et 388 mm à l’arrière).Moteur : V8, injection directe, compresseur volumétrique, distrib. à calage variable, désactivation des cylindres à charge partielle, 6 162 cm3Sur routes sèches, elle devient toutefois plus contrôlable. La motricité ne faisant plus défaut, il est alors possible de tenter d’exploiter la furieuse mécanique, avec quelques retenues tant les performances affolent. Inutile, d’ailleurs, de pousser les rapports au rupteur : à fond de première, on atteint déjà 110 km/h ! Et il y a sept vitesses… Excessivement plein de 800 à 6 500 tr/mn, le huit-cylindres autorise même que vous vous trompiez de rapport. Il reprendra sans peiner, en vous plaquant aux sièges baquets. Le tout s’accompagne, comme toujours outre-Atlantique, d’une sonorité caverneuse, à peine étouffée par le compresseur volumétrique. De toutes façons, les limites de cette Corvette sont difficiles à cerner sur nos routes. Les vitesses atteintes entre deux villages sont inavouables. Mais les autochtones ont au moins la chance (ou la déconvenue) d’être avertis par les hurlements du V8. Toutefois, avec une certaine dose de concentration, le plaisir de conduite s’installe réellement. En authentique sportive, cette Vet’ fait preuve d’une belle efficacité. Les différents modes de conduite (Wet, Tour, Track et Sport) agissent sur la réponse à l’accélérateur, la réactivité de l’ESP et du différentiel arrière et la résistance au volant. Et c’est tant mieux. Car, en mode normal, la direction manque de rigueur.