LE CREWE DE L’ANNÉE

Toutes proportions gardées. Et cela va de soi, sans jamais balloter ses occupants. Compte-tenu des vitesses stratosphériques que ce vaisseau de la route peut potentiellement atteindre, une question élémentaire demeure : comment stopper une telle masse ? Tout simplement avec les plus gros freins acier de la production mondiale : des disques avant de 420 mm avec étriers 10 pistons, pour 380 mm et 4 pistons à l’arrière. _Cette Grand-Tourisme offre un remarquable compromis entre comportement, confort, performances et agrément. Et c’est un cabriolet !Tout cela n’exclut pas quelques critiques, comme ces commandes et interrupteurs en plastique, qui dénotent résolument dans cet environnement ultra raffiné. C’est aussi le cas des frêles bras escamotables, qui avancent les ceintures de sécurité lorsqu’on s’installe à bord. De petits désagréments, vite oubliés dès la mise en route, après avoir préalablement escamoté la toile électrique, en moins de 20 secondes, et jusqu’à 50 km/h.Et le confort ? Royal, comme il se doit. Malgré quelques infimes percussions à basse vitesse, à mettre sur le compte des jantes de 22”, l’amortissement pneumatique piloté isole les occupants des turpitudes de ce bas monde, bien aidé par des fauteuils dignes d’un salon de Buckingham Palace. Le silence à bord n’est perturbé que par de légers bruits d’origine aérodynamique et, sur notre modèle d’essai, quelques sifflements au niveau des joints de la capote.Autre prouesse technique, le comportement de ce monstre d’acier, d’alu et de cuir ne s’apparente en rien à celui d’un pachyderme, comme pourrait le faire craindre sa masse conséquente. C’est même plutôt le contraire. Avec sa transmission intégrale permanente, avec système de gestion du couple roue par roue, son amortissement piloté avec contrôle actif du roulis, la GTC enroule courbes et virages avec une nonchalance typiquement britannique. Elle est même capable, à la demande, de faire encore mieux, grâce à sa transmission, qui peut “envoyer” jusqu’à 83 % du couple sur le train arrière, lui offrant une agilité insoupçonnée.Le feulement du “deu-beule-youtwelve” suffit à éveiller, ou apaiser les sens, selon le rythme imposé. Avec ses 635 ch et 900 Nm disponibles dès 1 350 tr/mn, relayés par une transmission robotisée à double embrayage et 8 rapports, suscitant parfois quelques infimes à-coups, ce 6.0 litre se joue littéralement des 2,4 tonnes à vide de l’engin. Lequel se révèle aussi à l’aise sur un filet de gaz à 30 km/h, que sur Autobahn à 250 km/h. Sachant que ce transat de l’asphalte est capable de faire bronzer ses quatre passagers jusqu’à… 333 km/h. Et de les télétrans-porter de 0 à 100 km/h en 3”8, et de 0 à 200 km/h en 8”0. No comment.Outre une robe dont les proportions quasi parfaites lui confèrent une ligne encore plus altière, plus fluide que celle du coupé, cette GTC séduit, en premier lieu, par l’ambiance unique de son habitacle. Qu’il s’agisse des matériaux, mariant cuir, bois précieux et aluminium, de la finition, des assemblages ou du design, tout n’est que luxe et raffinement. À l’image des placages en ronce de noyer, dont l’épaisseur exceptionnelle – un centimètre – renforce la profondeur de leur aspect, ou des vernis qui font miroir ! Sans parler du “Rotating Display”, un dispositif rotatif à trois faces (5 640 €…), qui permet de dissimuler l’écran multimédia pour faire apparaître trois petits cadrans ronds analogiques ou un sobre placage bois. La superbe teinte vert Barnato de notre carrosserie tout alu rendait, elle, hommage à l’un des fameux Bentley Boys, pilotes de la grande époque. Woolf “Babe” Barnato remporta ainsi trois 24 Heures du Mans consécutives, en trois participations (1928, 1929 et 1930). Il fut aussi, et surtout, Chairman et principal financier du “B ailé” à partir de 1926.