ÉCOLE BUISSO

SituĂ© Ă  quelques encablures de Narbonne, le domaine de ChĂąteau-Lastours abrite, outre son vin, des Ă©coles de pilotage (autos, motos, quads…), des constructeurs et des Ă©curies de courses, qui viennent y procĂ©der Ă  des essais “grandeur nature”. Et avec 900 hectares, mariant pistes, chemins escarpĂ©s, rochers, rocailles, boue, il y a de quoi combler les amateurs de tout-terrain. La journĂ©e dĂ©bute par un petit cours thĂ©orique rappelant les principes de base de la conduite 4×4, les types et usages de transmissions, les rĂšgles de sĂ©curitĂ©, les gestes Ă  faire ou Ă  Ă©viter, etc. Nous prenons ensuite place au volant d’un Jeep Wrangler avec, comme instructrice, Jeanette James. Reconvertie dans le pilotage 4×4, en 4 roues et en 2-roues (trial), cette ancienne avocate irlandaise affiche 11 participations au Rallye AĂŻcha des Gazelles, couronnĂ©es de multiples victoires. Elle enseigne la conduite 4×4 depuis vingt ans.Apparue fin 2018, cette nouvelle gĂ©nĂ©ration de Wrangler, baptisĂ©e JL, prend la suite de la JK. Encore plus rigoureuse, elle se rĂ©vĂšle Ă©galement plus Ă  l’aise sur route. De son aĂŻeule, la cĂ©lĂšbre Jeep du DĂ©barquement, elle conserve le hard-top, les portiĂšres et le pare-brise dĂ©montables. Disponible en deux versions, courte (4,33 m) ou longue, Unlimited (4,88 m), elle offre le choix entre deux 4-cylindres, 2.0 litres turbo essence de 272 ch, et 2.2 litres turbodiesel de 200 ch (celle de notre essai).Nous voici au pied de notre premiĂšre zone. Ou plutĂŽt, au “pied du mur”, tant cette premiĂšre marche se rĂ©vĂšle pentue. À ChĂąteau-Lastours, certaines dĂ©passent les 70 %, ce qui Ă©quivaut Ă  des pentes de 30 Ă  36°, correspondant, justement, aux angles d’attaque et de fuite du Wrangler ! Une fois enclenchĂ©e la gamme courte de la boĂźte de transfert et bloquĂ© le mode sĂ©quentiel sur les deux premiers rapports, il n’y a plus qu’à prendre un trĂšs lĂ©ger Ă©lan et doser les gaz : les deux immenses marches sont avalĂ©es d’une seule bouchĂ©e. S’ensuit une petite grimpette aussi rocailleuse qu’escarpĂ©e, franchie “sur le couple”, avec juste ce qu’il faut de patinage des quatre roues motrices. Zone suivante, un dĂ©vers au milieu duquel nous stoppons un instant, afin que notre photographe immortalise la figure. L’inclinomĂštre du tableau de bord indique 25°, un angle impressionnant, qui rend mal Ă  l’aise notre copilote, pourtant aguerrie. Et pour cause : en cas de panique, le premier rĂ©flexe du nĂ©ophyte consiste Ă  braquer les roues cĂŽtĂ© amont, alors qu’il faut les braquer cĂŽtĂ© aval, afin dÂ’Ă©viter une perte de contrĂŽle immĂ©diatement sanctionnĂ©e par un tonneau, aux consĂ©quences sans doute dramatiques. Nous enchaĂźnons une pente “vertigineuse”, aprĂšs avoir enclenchĂ© le contrĂŽle de descente, qui gĂšre automatiquement la vitesse via le freinage ABS ; il n’y a plus, alors, qu’à contrĂŽler la trajectoire. Avec ses orniĂšres profondes et ses talus inversĂ©s, la zone suivante permet de visualiser le fameux croisement de ponts, bien connu des pratiquants. Barre antiroulis libĂ©rĂ©e, Ă  l’aide d’un interrupteur, chaque roue peut profiter d’un dĂ©battement optimal, afin d’aller chercher la meilleure motricitĂ©, non sans avoir “levĂ© une patte”. Tout en prenant garde Ă  bien conserver les roues directrices droites, en visant toujours la sortie de zone. AprĂšs cette mise en bouche, nous partons Ă  l’assaut d’un parcours, dont les pentes auraient de quoi donner le vertige Ă  un chamois.MalgrĂ© son gabarit consĂ©quent (4,88 m), notre Wrangler Rubicon nous bluffe par ses aptitudes de grimpeur, mĂȘme en Ă©tant chaussĂ© de pneus 4×4 Ă  la pression abaissĂ©e afin d’optimiser l’adhĂ©rence. La recette est, grosso modo, la suivante : ne pas hĂ©siter Ă  descendre de la voiture pour analyser la zone Ă  franchir, visualiser la trajectoire idĂ©ale en tenant compte des obstacles Ă  Ă©viter, ou Ă  enjamber, puis trouver la meilleure adhĂ©rence. Sans oublier de jeter un œil par la fenĂȘtre. Tout est question de dosage, entre douceur, lĂ©ger Ă©lan ou petit coup de gaz Ă  bon escient. Avec notre modeste expĂ©rience et en Ă©coutant attentivement les judicieux conseils de notre instructrice, nous terminons la balade avec un minimum de pĂ©nalitĂ©s. Et l’irrĂ©sistible envie de revenir. Si seulement les propriĂ©taires de 4×4 connaissaient le potentiel de leur engin, nul doute qu’ils seraient plus nombreux Ă  en profiter. _